un pari risqué
Les années qui suivirent la chute de Kin furent particulièrement difficiles pour Tian. Au sud, les armées de Yan gagnaient du terrain chaque année. Leurs machines de guerre devenaient toujours plus nombreuses, leurs soldats toujours mieux équipés, et les forteresses qui protégeaient autrefois les montagnes tombaient les unes après les autres.
Malgré le courage des guerriers de Tian et le génie de Zhao Yun, chacun comprenait que le royaume ne pourrait pas résister éternellement. Lorsque les éclaireurs annoncèrent qu’une immense armée de Yan marchait vers le col de Shiro, les chefs de clans se réunirent une dernière fois, car la bataille qui approchait déciderait probablement de l’avenir de Tian. Le général Zhao Yun était déjà engagé sur un autre front, qu’il devait défendre contre Lin. Il était donc primordial de trouver une solution sans avoir besoin de lui.
Autour de la table, chacun proposa son plan. Tous paraissaient peu convaincants. Finalement, un des vieux généraux finit par prendre la parole. Il avait beaucoup voyagé vers les îles de l’Est et dit qu’il avait entendu parler d’un guerrier qui pouvait renverser le cours d’une bataille à lui seul. De plus, la pauvreté et la rudesse de cette région leur permettraient sûrement de le recruter assez simplement contre de l’or ou d’autres biens superficiels.
Les autres généraux n’étaient pas vraiment convaincus non plus par cette idée. L’un d’eux se mit à rire.
— Les conteurs aiment exagérer. Si un homme était assez puissant pour gagner une guerre à lui seul chez nos voisins, je pense que nous serions au courant.
Un autre répondit qu’il était d’accord et que ces rumeurs étaient sûrement exagérées, évidemment, mais qu’une force de plus pour cette bataille décisive n’était pas à négliger.
Zhao Yun resta silencieux un moment, puis il finit par prendre la parole lui aussi.
— Quel est son nom ?
— On dit qu’il se nomme Ouki.
Il y eut un silence.
Quelques officiers avaient déjà entendu ce nom. Jamais de la bouche d’un général. Toujours de celle d’un marin, d’un marchand ou d’un voyageur. Les récits étaient tous différents. Certains racontaient qu’il avait vaincu un géant. D’autres qu’il commandait le vent et le tonnerre. D’autres encore affirmaient qu’il n’était qu’un ivrogne vivant dans un vieux sanctuaire oublié.
Tous les généraux autour de la table étaient hésitants, puis Xunzi, le jeune bras droit de Zhao Yun, prit la parole.
— Nous n’avons pas le luxe de suivre les rumeurs des ivrognes. Cet Ouki n’existe peut-être même pas et, même si c’est le cas, il ne fera sûrement aucune différence dans la bataille qui nous attend !
Zhao Yun resta pensif quelques instants. Puis il se leva.
— Justement, Xunzi. Nous n’avons plus le luxe d’ignorer les légendes… Le moindre détail peut faire basculer l’avenir de notre royaume. C’est notre survie que l’on joue. Envoyez-moi une délégation trouver cet Ouki. Peut-être qu’il fera pencher la balance et, si ce n’est pas le cas, nous n’aurons rien perdu.
Il fallut plusieurs semaines pour atteindre les îles de l’Est. Et encore quelques semaines pour trouver cet Ouki, qui n’était vraiment pas simple à dénicher vu le nombre de rumeurs qu’il y avait autour de lui et qui envoyaient la délégation dans tous les sens.
Finalement, un jour, on leur parla d’un temple dans une montagne battue par les vents. Ils s’y rendirent sans vraiment y croire, car les hommes avaient fini par perdre espoir.
Arrivés au temple, ils virent un lieu complètement abandonné. Le vent ne s'arrêtait jamais. Les habitants du dernier village refusaient même d'emprunter ce chemin après la tombée de la nuit. Les pierres qui formaient ses marches étaient fendues par le temps et la mousse avait recouvert une partie des statues et les cloches suspendues aux toits tintaient sans qu’aucune main ne les touche.
À mesure qu’ils approchaient, le vent devenait plus violent. Les soldats de Tian échangeaient des regards inquiets. Ils s’attendaient à rencontrer un maître de guerre entouré de disciples, mais ils ne trouvèrent qu’un homme seul.
Ou plutôt… un Cornu.
Assis sur les marches du sanctuaire, le dos appuyé contre l’une des colonnes de pierre, il tenait une bouteille de saké presque vide. Devant lui, deux gigantesques statues représentaient Raijin et Fujin, deux créatures légendaires de cette région.
Il observait simplement l’horizon.
Comme s’il attendait quelqu’un.
Le chef de la délégation s’arrêta.
— C’est… lui ?
Personne ne pouvait lui répondre.
— Le Cornu ! Nous cherchons un dénommé Ouki. Sais-tu où nous pouvons le trouver ?
À cet instant, le Cornu prit une longue gorgée de saké avant de parler, sans même tourner la tête.
— Il est assis devant vous depuis tout à l'heure... Et vous vous avez mis plus de temps que prévu.
Le général resta surpris.
— Nous ne nous sommes jamais rencontrés.
Ouki haussa les épaules.
— Non.
Il leva son index vers les deux statues devant lui tout en riant.
— Mais eux savaient que vous viendriez.
Le général ne répondit pas. Il ignorait si ce Cornu se moquait de lui ou s’il croyait réellement parler aux divinités.
Il s’avança et déroula une grande carte sur les marches du temple. Pendant plusieurs minutes, il expliqua la situation de Tian : les cols, les forteresses, les effectifs de Yan et les réserves de nourriture qui se faisaient de plus en plus rares. La dernière bataille qui les attendait et qui allait faire basculer leur destin.
Ouki écouta sans l’interrompre.
Lorsque le général termina, il demanda :
— Alors, qu’en pensez-vous ?
Le Cornu regarda la carte quelques secondes. Puis releva les yeux.
— Pourquoi faites-vous cette guerre ?
Le général fut surpris.
— Pour protéger Tian.
— Et eux ?
— Yan cherche à nous envahir.
Ouki prit une nouvelle gorgée de saké.
— Pourquoi ?
Le général commençait à perdre patience.
— Parce qu’ils veulent nos terres.
Le Cornu resta silencieux. Puis un léger sourire apparut sur son visage.
— Les hommes trouvent toujours une bonne raison avant de commencer à s’entretuer.
Il se releva.
À cet instant, tous les soldats comprirent que les histoires avaient au moins un point commun avec la réalité.
Il était immense, bien plus grand que n’importe quel homme présent.
Il attrapa ses deux immense épées, les posa derrière son dos avec une facilité déconcertante, puis demanda calmement :
— Quand partons-nous ?
Quelques temps plus tard avant de prendre la route, le général fit apporter plusieurs coffres remplis d’or.
— Voici l’acompte pour votre aide.
Ouki regarda les coffres quelques instants. Puis les repoussa du pied.
— Gardez votre or.
Le général cligna des yeux.
— Tu refuses d’être payé ?
— Non.
Il reprit sa bouteille.
— Je refuse l’or.
Le silence retomba.
Puis il ajouta avec un sourire presque enfantin :
— En revanche…
Son regard se leva vers le ciel où le tonnerre grondait.
— Ça fait longtemps que je ne me suis pas vraiment amusé.
Le vent souffla soudain avec une violence inhabituelle.
Les cloches du sanctuaire se mirent à sonner toutes seules.
— Je veux simplement boire une fois la Xinxin de Tian avant de mourir, rencontrer le grand mooneater avant de quitter ce monde.
Le général, furieux, répondit :
— Il s’agit d’une boisson réservée au Dragon Noir de Kin ! Pour qui te prends-tu, sale Cornu !
Puis l’un des conseillers de Zhao Yun, présent pour accompagner le groupe, lui glissa quelques mots à l’oreille.
— Zhao Yun a été clair, mon seigneur : « Si vous trouvez cet Ouki, ramenez-le quoi qu’il en coûte. La survie de Tian va se jouer sur des détails durant cette bataille. »
Le général fut surpris, puis il reprit la parole.
— Qu’il en soit ainsi, Ouki. Tu auras la Xinxin.
Ouki se mit à s’esclaffer de rire. Puis ajouta.
— Enfin... je vais pouvoir croiser le fer contre une véritable armée.
Sans vraiment savoir pourquoi, tous les hommes présents eurent la même sensation. Ils n’avaient pas recruté un mercenaire comme les autres et venaient d’ouvrir la porte à quelque chose qu’ils ne comprenaient pas encore.
Le voyage
Le voyage de retour fut étonnamment silencieux.
Ouki parlait peu. Il passait la plupart de son temps assis à l'avant du navire, une bouteille de saké à la main, le regard perdu vers l'horizon. Parfois il riait et parlait tout seul sans que personne n'en comprenne la raison et semblait passer des heures entières à contempler les nuages comme si quelque chose s'y cachait. Les soldats de Tian ne savaient toujours pas quoi penser de cet étrange Cornu. Ils avaient traversé la mer pour trouver un guerrier dont on disait qu'il pouvait changer le destin d'un royaume, mais ils avaient l'impression d'avoir ramené un vieil ivrogne qui passait son temps à discuter avec le vent. Pourtant, malgré cette apparente nonchalance, aucun d'entre eux n'arrivait véritablement à se détendre en sa présence. Il dégageait une force difficile à expliquer, une impression presque animale.
À plusieurs reprises, le général tenta de discuter avec lui de la bataille à venir.
— Nous avons établi un plan d'attaque. Si nous parvenons à tenir le col pendant assez longtemps, nos renforts arriveront par le nord...
Ouki hocha vaguement la tête sans quitter la mer des yeux.
— Très bien.
Le général poursuivit.
— Tu avanceras avec notre aile gauche. Le plus important sera de protéger nos archers...
— Très bien.
— Tu as des questions ?
Le Cornu réfléchit quelques secondes.
— Oui.
Le général sembla soulagé.
— Lesquelles ?
Ouki se tourna enfin vers lui.
— Est-ce qu'il y aura de bons guerriers ?
Le général resta silencieux.
— Pardon ?
— Je m'ennuie quand les combats sont trop faciles.
Puis il se remit à contempler l'océan.
Le général échangea un regard inquiet avec ses officiers.
Le col de Shiro
Quelques jours plus tard, les montagnes de Tian apparurent enfin à l'horizon. L'armée rejoignit rapidement le col de Shiro où les forces du royaume attendait déjà l'offensive de Yan. Lorsque le général grimpa sur les hauteurs pour observer la vallée, son visage se ferma immédiatement. Les récits des éclaireurs étaient en dessous de la réalité. À perte de vue, les bannières rouges de Yan recouvraient les plaines comme une mer sans fin. Des milliers de soldats avançaient, accompagnés de gigantesques machines de siège, de cavaliers et d'unités lourdement armées. Le général comprit immédiatement qu'ils étaient moins nombreux, beaucoup moins nombreux. Meme si pour l'armée de Tian le cornu n'était qu'un detail de plus pour les aider à gagner cette bataille, pour le général chargé de lui, c'était important qu'il soit à la hauteur de sa légende. Il regarda Ouki comme pour lui dire qu'ils comptait sur lui.
Le Cornu observait simplement le champ de bataille. Puis, contre toute attente...il sourit.
Le sourire sincère d'un homme qui retrouvait enfin quelque chose qu'il avait longtemps cherché. Il inspira profondément et ferma les yeux.. Le vent souffla autour de lui.
— Ça faisait longtemps... mes vieux amis.
Puis quand il finit par rouvrir les yeux, les grondement du tonnerre furent si fort qu'il masquèrent le bruit du champs de bataille. Une terrible tempête venait de se lever.
Les premiers cors de guerre retentirent dans toute la vallée et, presque aussitôt, une pluie de flèches obscurcit le ciel. Les archers de Yan avaient ouvert les hostilités avec une précision implacable tandis que les premières lignes de Tian levaient leurs boucliers dans un fracas de bois et d'acier. En quelques instants seulement, le col de Shiro devint un immense chaos où les cris des officiers se mêlaient au vacarme des armes. Les formations tenaient encore. Chaque bataillon avançait exactement comme Zhao Yun l'avait prévu. Malgré leur infériorité numérique, les hommes de Tian résistaient avec une discipline remarquable et, durant les premières minutes, les généraux osèrent croire que leurs stratégie suffirait peut-être à compenser leur manque d'effectifs.
À quelques pas derrière eux, Ouki observait silencieusement la vallée. Ses immense épées reposait sur son dos tandis que ses longs cheveux blancs flottaient déjà sous le vent. Il ne quittait pas le champ de bataille des yeux. Son sourire s'élargissait peu à peu. Pendant quelques secondes, plus rien n'exista autour de lui. Ni les soldats de Tian, ni ceux de Yan, ni les ordres des officiers. Il inspira profondément, comme si l'odeur du fer, de la poussière et de la pluie suffisait à réveiller quelque chose qui dormait depuis trop longtemps.
Le général chargé d'Ouki s'approcha une dernière fois.
— N'oublie pas le plan. Tu perces leur flanc droit à l'aide des archers, nous exploiterons immédiatement la brèche.
Ouki ne répondit pas.
Un immense coup de tonnerre éclata alors que le ciel était encore presque dégagé.
Tous levèrent instinctivement les yeux.
Lorsque le général se retourna...
Ouki n'était plus là. Personne ne l'avait vu partir. L'instant d'avant, le Cornu se trouvait encore à quelques mètres derrière les officiers de Tian. L'instant d'après, il avait déjà traversé plusieurs centaines de mètres. Une onde de choc souleva la poussière au milieu des deux armées, projetant hommes et chevaux dans toutes les directions comme si quelque chose venait de s'écraser au cœur du champ de bataille.
Puis le vent explosa.
Une rafale d'une violence irréelle balaya toute la vallée. Les bannières furent arrachées de leurs hampes, plusieurs arbres se déracinèrent jusque sur les hauteurs du col et des dizaines de soldats furent renversés avant même d'avoir compris ce qui venait de se produire. Les officiers de Yan tentèrent immédiatement de reformer leurs lignes mais leurs ordres disparaissaient dans le vacarme d'un ciel devenu soudainement furieux. Les nuages s'étaient rassemblés à une vitesse impossible et de gigantesques éclairs commencèrent à frapper la vallée avec une précision presque surnaturelle. Chaque impact ouvrait le sol, pulvérisait la roche et engloutissait indistinctement hommes, chevaux et machines de guerre. Aucun soldat ne pouvait prévoir où tomberait le suivant.
Au milieu de ce déchaînement, une seule silhouette continuait d'avancer.
Ouki.
Il surgissait d'un endroit, disparaissait l'instant suivant, puis réapparaissait plusieurs dizaines de mètres plus loin dans une gerbe de poussière et d'éclairs. Sa vitesse était telle que beaucoup jureraient plus tard avoir vu plusieurs Ouki combattre en même temps. Ses immenses épées n'était presque jamais utilisée contre les simples soldats. Le vent les balayait avant même qu'il ne les atteigne, les éclairs détruisaient les formations les plus denses et chaque bond du Cornu semblait provoquer une nouvelle onde de choc qui ouvrait la terre sous ses pieds.
Très rapidement, un nom commença à circuler dans les rangs de Yan.
— Le Dragon Blanc !
À plusieurs centaines de mètres de là, une immense silhouette en armure blanche et rouge venait de faire reculer à elle seule plusieurs centaines de guerriers de Tian. À ses côtés volait un petit dragon blanc dont les rugissements couvraient presque ceux des hommes. Même au milieu du chaos, sa présence imposait le respect. Wei Long était avant l'arrivé de Lu Bu le plus grand général de Yan. Les récits racontaient qu'aucun homme n'avait jamais réussi à le vaincre en duel et que sa simple présence suffisait à redonner courage à toute une armée.
Lorsqu'Ouki posa les yeux sur lui, son sourire changea.
Pour la première fois depuis le début de la bataille, il venait enfin de trouver ce qu'il cherchait.
Sans la moindre hésitation, il changea brusquement de direction.
Les soldats de Yan n'eurent même pas le temps de comprendre pourquoi le vent venait soudain de tourner. Une immense bourrasque traversa leurs rangs, arrachant hommes et boucliers de plusieurs mètres, tandis qu'un éclair s'abattait juste derrière eux dans une explosion assourdissante. Puis Ouki apparut devant Wei Long.
Le Dragon Blanc eut à peine le temps de dégainer.
Le premier choc entre leurs deux armes fit trembler la vallée entière. La violence de l'impact projeta tous les combattants présents autour d'eux et ouvrit une immense fissure dans la roche. Wei Long comprit immédiatement qu'il n'affrontait pas un guerrier ordinaire. Malgré toute sa puissance, malgré des décennies passées sur les champs de bataille, il avait l'impression de lutter contre quelque chose qui dépassait les limites humaines. Chaque coup d'épée d'Ouki était accompagné d'un vent si violent qu'il devenait presque impossible de garder l'équilibre, tandis que les éclairs frappaient autour d'eux avec une régularité inquiétante, comme si le ciel refusait que qui quonque intervienne dans ce duel.
Wei Long résista.
Une fois.
Puis deux.
Puis trois.
Jamais encore Ouki n'avait autant ri depuis le début du combat.
— Enfin Raijin ! Enfin Fujin ! Aujourd'hui je vous rend hommage !
Le Dragon Blanc agacé contre-attaqua avec toute la puissance dont il était capable, obligeant même Ouki à reculer d'un pas. Pendant une fraction de seconde, les deux géants se dévisagèrent en silence avant de disparaître simultanément sous une nouvelle explosion de poussière.
Personne ne vit réellement le dernier échange.
Lorsque la fumée se dissipa enfin, Wei Long était au sol.
Sa lance d'or reposait encore entre ses mains. Mais son casque venait d'être fendu en deux, toute la partie inférieure de son visage n'était plus qu'un amas de sang. Sa mâchoire avait littéralement explosé sous la violence du dernier coup.
Le petit dragon blanc poussa un cri déchirant en venant se poser près de son maître pour le protéger. Ouki ne chercha pas à l'achever... ou plutot, il pensait que Wei Long était mort.
Il resta simplement quelques instants à l'observer, un immense sourire aux lèvres.
— Merci guerrier de Yan...
Sa voix était respectueuse.
Puis il éclata de rire avant de disparaître de nouveau dans la tempête.
Le combat reprit aussitôt, mais plus rien n'avait de sens. Les ordres ne circulaient plus. Les lignes avaient disparu. Les hommes de Yan fuyaient parfois aux côtés de ceux de Tian, cherchant seulement à échapper aux rafales qui arrachaient les arbres, aux impacts de foudre qui ouvraient la montagne et à cette silhouette gigantesque qui surgissait sans prévenir au milieu des éclairs. Plus les heures passaient, plus le champ de bataille ressemblait à une terre ravagée par la colère du ciel plutôt qu'à un affrontement entre deux royaumes.
Lorsque le soleil disparut enfin derrière les montagnes, le vent retomba presque aussi brutalement qu'il s'était levé. Les nuages commencèrent lentement à se disperser et un silence irréel s'installa sur le col de Shiro. Aucun cor ne sonna la victoire. Aucun général n'ordonna la poursuite de l'ennemi. Ceux qui tenaient encore debout regardaient simplement autour d'eux, incapables de reconnaître le champ de bataille sur lequel ils s'étaient battus toute la journée.
Trois jours plus tard, des éclaireurs des deux royaumes revinrent constater les dégâts.
La vallée n'existait plus.
Des forêts entières avaient disparu. Les falaises portaient encore les cicatrices laissées par les impacts qui les avaient éventrées, les machines de guerre de Yan n'étaient plus que des carcasses pulvérisées et les corps des soldats des deux armées reposaient côte à côte sans qu'il soit encore possible de distinguer leurs uniformes sous la boue et les pierres.
Les chroniqueurs de Yan parlèrent d'une victoire.
Ceux de Tian écrivirent exactement la même chose.
Pendant des siècles, les historiens débattirent sans jamais réussir à déterminer qui avait réellement remporté la bataille du col de Shiro. L'armée de Yan fut complétement décimé, ils furent obligé d’arrêter leurs campagne pour annexer leur voisin. Tian quant à eux réussirent à repousser leurs envahisseur mais le prix pour cela les mis dans une position de faiblesse si importante vis à vis de leurs voisin qu'il était difficile d'y voir une victoire. La totalité de leur armée sur le front de Yan avait été complétement décimé ... par une arme qu'il avait eux même amené sur ce champs de bataille. En revanche, tous s'accordèrent sur un point. Avant ce jour, Ouki n'était qu'une rumeur venue des îles de l'est. Après ce jour, plus personne n'osa considérer cet homme comme un simple mercenaire. Car tous comprirent qu'on ne recrute pas une tempête.
On espère seulement qu'elle soufflera dans la bonne direction.