Rapport à l’attention du Seigneur Khoda Adonis
Et Deux cent cinquante-six ans après la chute de Kin et la disparition du Dragon Noir, notre autorité sur les territoires de l’est demeure plus fragile qu’elle ne devrait l’être. Malgré les ressources engagées au fil du temps, nous continuons de perdre progressivement du terrain et de l’influence dans cette région qui n’a jamais véritablement accepté notre soutien, avant comme après la chute de Kin.
Je me permets donc d’insister une nouvelle fois sur la nécessité d’une aide plus visible de la capitale. Nos garnisons tiennent encore leurs positions, mais le doute commence à s’installer parmi les hommes, et dans une terre aussi instable, le doute finit toujours par coûter plus cher qu’une défaite. Si notre emprise venait à vaciller ici, c’est toute l’autorité des Khoda aux yeux du reste du monde qui pourrait être remise en question.
Depuis mon dernier rapport, il y a maintenant dix ans, peu de choses ont véritablement évolué, hormis plusieurs événements récents qui jouent clairement en notre défaveur.
Le royaume de Yan demeure notre principal problème. Depuis la chute de Kin, il fut le premier à rejeter ouvertement notre influence, et sa position n’a jamais changé. Guts continue d’y étendre son pouvoir malgré les nombreuses tentatives entreprises pour l’éliminer. Son influence grandit chaque année d’avantage parmi les populations rurales et les territoires frontaliers, au point que plusieurs villes commencent désormais à lui prêter une loyauté plus grande qu’à leurs propres seigneurs.
La récente défection du général Lu Bu n’a fait qu’aggraver la situation. Ancien officier de Lin, il a rejoint Yan il y a plusieurs années déjà, mais sa montée en puissance récente dépasse tout ce que nous avions envisagé. Je n’ai jamais vu un homme produire un tel carnage sur un champ de bataille. Même le général Guan Yu semble désormais douter de pouvoir le contenir seul. Il circule d’ailleurs parmi nos troupes certaines rumeurs selon lesquelles Guts lui aurait transmis une forme de pouvoir obscur dont nous ignorons encore l’origine exacte.
Sans intervention rapide, Yan prendra définitivement l’avantage sur cette guerre. Nos forces présentes sur place ne suffiront pas. L’envoi d’un Seigneur du Ciel permettrait probablement de rétablir l’équilibre militaire dans la région.
Il existe cependant une autre possibilité. Lu Bu ne semble guidé ni par l’honneur, ni par une quelconque fidélité idéologique. Son ambition paraît dépasser toute forme de loyauté. Bien qu’il ne soit pas dans nos habitudes de négocier avec ce genre d’individu, il pourrait être judicieux d’envisager une approche plus discrète afin de le retourner une seconde fois.
Concernant Tian, la situation reste inchangée. Les montagnes du nord et leurs conditions extrêmes continuent d’isoler naturellement le royaume du reste du monde. Les contacts diplomatiques demeurent rares et particulièrement difficiles à maintenir. Depuis la mort de son ancien maître, c’est désormais Zhao Yun qui dirige leurs armées et fait office de principale figure d’autorité dans la région.
J’ai eu l’occasion de rencontrer cet homme une seule fois, il y a plusieurs années, lors d’un entretien organisé dans les montagnes du nord. Nous avons partagé un thé durant plusieurs heures. Zhao Yun est un homme cultivé, réfléchi et profondément attaché à son peuple. Je ne doute pas un seul instant qu’il accepterait de mourir pour Tian sans la moindre hésitation, et c’est précisément pour cette raison que son peuple lui voue une telle admiration.
Il ne cherche pourtant ni le pouvoir ni la reconnaissance. La plupart du temps, il vit reclus dans les montagnes, loin des grandes villes et de toute forme de vie politique. Mais lorsque Tian est menacé, il répond toujours présent.
Malheureusement, il demeure fermement opposé à toute influence khoda sur son royaume. Zhao Yun semble prêt à condamner Tian à l’isolement plutôt qu’à accepter notre présence. Je ne crois pas possible d’en faire un allié durable, même si l’urgence immédiate reste avant tout Yan.
Enfin, la situation de Lin était jusqu’à récemment particulièrement favorable à nos intérêts. Le royaume continue de prospérer grâce aux ressources, technologies et connaissances que nous lui fournissons depuis plusieurs décennies. Son environnement reste également particulièrement adapté à nos besoins, ce qui facilite considérablement le maintien de nos forces sur place.
Le souverain She Huang demeure parfaitement coopératif tant que nos accords commerciaux continuent de l’enrichir. Cependant, comme vous le savez déjà, la véritable figure d’autorité du royaume reste le général Guan Yu. Il est probablement notre plus précieux allié dans cette région du monde. Sa loyauté envers notre cause ne semble souffrir d’aucune faille, et il croit sincèrement que notre présence permettra à Lin d’atteindre une prospérité durable. Par ailleurs la trahison de Lu Bu l’a profondément affecté ; il le considérait presque comme son propre fils.
Nos relations avec Lin auraient probablement continué de se renforcer sans l’apparition récente d’un nouvel élément particulièrement imprévisible. Un jeune homme vivant dans les montagnes, se faisant appeler Wukong, mène depuis plusieurs mois des attaques extrêmement violentes contre les forces de Lin. Pendant que Guan Yu combat sur le front, ce dernier se retrouve désormais attaqué jusque dans son propre royaume par ce que beaucoup décrivent encore comme un simple sauvage accompagné d’une armée de singes.
Je reconnais volontiers que cette situation peut paraître absurde à première vue. Pourtant, ni nos hommes ni ceux de Lin ne sont parvenus à mettre la main sur cet individu jusqu’à présent. Ses actions ralentissent considérablement nos opérations militaires dans la région et commencent à inquiéter sérieusement nos alliés.
Si des renforts nous sont envoyés rapidement, je reste néanmoins convaincu que cette menace pourra être éliminée avant qu’elle ne devienne incontrôlable.
Il me semblerait nécessaire de pouvoir prochainement me rendre à Balah afin de vous exposer la situation plus précisément de vive voix.
En attendant, je poursuis ma mission.
Griffith